la lumière mon front la reçoit, mes yeux
c’est le soleil il passe les crêtes en face
les chattes chat sont sortis aussi
l’une guette au ras d’un tas d’herbes noires et ronces
l’autre s’excite à 3m du sol croque des brindilles d’une branche du lilas
(elle jouerait aux osselets)
le troisième m’attend peut-être, placide
ils ont déjà mangé les croquettes de poudre de viande séchée
une marque de notre temps
le soleil a franchi les courbes sombres là-bas à l’est
c’est à l’est que le maestro se lève
je fais quelques mouvements d’épaules de jambes
(la buée de mon haleine)
profite de ne pas penser
pense tout de même Nos fondations s’effritent
comme de rien n’était
Nos organisations bégaient
pense En apéritif des hommes sucent la sueur d’autres (et d’animaux), sur toast
comme de rien n’était
pense et pense mais le soleil a franchi les crêtes
et les poules m’entendant repousser la porte m’ont appelé
hey man !
elles à qui je verse des graines
elles à qui parfois j’ouvre la porte grillagée vers le grand large
le givre me paraît doux
plus tard sur écran je vois pour la première fois des joueurs du football Paris St Germain
débarquer dans la cité heureuse qui les accueille
images de pure célébration, gloire et fumigènes, costards, oreillettes, bus bijou
le givre m’est doux ce matin
comme mon souffle
je me souviens de la chanson Encore un matin
je me souviens de Tous les matins du monde
je me souviens de la mort, la naissance
le monde comme moi se méconnaît
le monde comme moi se recroqueville
pré carré, coquille
des hommes s’enorgueillissent de mépriser autrui je sais faire ça aussi
manient ça comme arme de destruction massive
faute de nudité s’en habillent
cher Mépris
des hommes tordent continuellement leur parole
qu’ils crachent
se branlent sur leur pouvoir
(l’ont-ils choisi ce crachat)
(cette branlette)
le soleil s’est déjà éloigné de la ligne obscure
d’ici il a pris 3cm
environ
il joue les Grecs donne des coups de fouet aux chevaux de son char
il hurle au gel me fait de l’œil
je repousse la porte dans l’autre sens enfile les chaussons du matin
sur le carrelage je marche feutré
je sens bien que je conserve en moi cette lumière
ce matin entre animaux
givre et herbacées
de la main gauche je vais noter ça
dans ce carnet
lentement de la main habituer le cerveau aux belles choses
(celui-là est peut-être le vrai travail de ma vie)
beaucoup de puissance dans ce texte fluide comme ce matin de gel qui compte comme tous les autres matins…
oui, conserver en nous cette lumière…
bien à toi
f