étrange histoire
on a les normalement sur le bout de la langue
ce matin comme toujours on tente de vivre comme avant
ça bouge pourtant là-dessous et là-dedans là-haut
ça bouge aux seize points cardinaux
depuis quelque temps on avance balancés entre l’habitude et le bouleversement
la remise en question et la certitude
on pourrait bien s’écarteler sans crier gare
se détacher plexus-pubis suivant les pointillés
notre mécanique d’adaptation passerait par l’autruche
il faudra encore aller marcher en ville pour dire non et oui
point d’interrogation
je crois qu’on n’a pas pris le temps d’avoir peur avec la peur
— la Peur
celle qui fait la sueur à la tempe aux 4 h du matin
celle qui fait qu’on se met à attaquer à mordre
c’est aussi qu’on n’a pas pris le temps de l’imagination féconde
les yeux en face
on relève la tête, on regarde par la fenêtre
au petit bonheur on tente un reclassement
coche ce que peux jeune senior rural ou prioriquartier
espère la case ad hoc
mais aïe que vois-tu les droits les aides ont fondu
cause d’urgence sont tombés sous le soleil-capital
aujourd’hui brûle, priorité aux métiers en tension Monsieur Madame
priorité Redressement
la crème glacée ce sera pour un autre jour
une autre planète
sans oublier l’Armée la moderne
coûte que coûte l’adapter aux Dronies du NouveauMonde
n’oublions pas non plus le CyberSécure, l’en faudra un paquet
priorité aux priorités des priorités
— on n’est pas là pour prendre des chemins d’enthousiasme
pas là pour faire l’algue dans le torrent
(là sur Terre je veux dire)
en bref on n’est pas là pour le souffle profond pas là pour Que ma joie demeure
on est là pour nager, les temps sont difficiles
les temps sont difficiles difficilesdifficilesdifficileslestempssontdifficiles
on est là pour pallier
les vues à court terme
les sourcils irresponsables
les cyniques encostumés
— ceux-là qui croient tenir les rênes du dragon fou
— ceux-là qui dès tout jeune marchent sur les doigts des autres
oubliant que ce sont des phalanges qui craquent sous leurs semelles
— ceux-là qui fourrent les âmes dans des sacs plastique
qu’elles soient enfin rangées
ce coquin d’algorithme en perroquet sur l’épaule on est là pour regarder
au travers de l’écran
le Compte Personnel Formation en plastique et les vieilles crécelles du monde
on tente une laitue en juillet
un avion en août
un burn-out en octobre
à défaut on remet les clefs des villes aux musclés aux dents blanches
encore encore encore
leurs fifres (plus maigres) s’égosillent dans des micros
derrière la tenture les cerveaux serrent des mains
la solution est dans leur poche : virer les parasites
et mettre au pas
clamer encore encore dans le microphone
ôter les mots de la bouche
et repeindre les murs patrimoniaux
on oublie de pleurer
on oublie l’origine
on prend un enfant par la main il demande : l’Humain est un parasite de la Vache ?
de la poule ?
du maïs ? de la fraise ?
on s’arrête un moment l’enfant dans la main on pense qui parasite qui ?
je crois dans les fleurs
je crois dans les pleurs
je crois dans l’eau
je crois qu’au fond du ventre cligne le solidaire
je crois qu’on oublie
que nos joies elles aussi fomentent des tsunami